Leçon de positivisme champenois

Par Guillaume Perrin, le 27/04/2020 (mis à jour le 27/04/2020 à 08:18)
Leçon de positivisme champenoisLes fermetures d’entreprises, conséquences du confinement de la population mis en place mi-mars, ont frappé les coopératives champenoises de plein fouet. Loin d’être abattus, les dirigeants ont su s’adapter à la crise sanitaire, et expriment leurs attentes pour l’avenir.
  • Palmer & Co, comme bon nombre de maisons de Champagne, a dû se contenter d'un service minimum en ce qui concerne les travaux vinicoles en cours. © G. Perrin
Les fermetures d’entreprises, conséquences du confinement de la population mis en place mi-mars, ont frappé les coopératives champenoises de plein fouet. Loin d’être abattus, les dirigeants ont su s’adapter à la crise sanitaire, et expriment leurs attentes pour l’avenir.
 

Pascal Prudhomme retient « l’excellent état d’esprit  » de ses équipes, ainsi que « le fort attachement à l’entreprise », à la suite de l’annonce de la fermeture de la CRVC et de ses filiales le 17 mars. Le directeur général et ses équipes ont activé plusieurs leviers : travail partiel, télétravail, arrêt pour garde d’enfants, semaine de congés payés, etc.
Confinée elle aussi, la Cogevi a procédé à la désinfection de ses sites de production d’Aÿ-Champagne et d’Oger, en plus de ses bureaux agéens et de la Cité du champagne, espace traditionnellement ouvert au public.
Son directeur Olivier Charriaud annonce avoir « déposé des demandes d’activité partielle auprès de la Direccte pour une période longue et mis en place un suivi individuel de l’activité réelle de chaque salarié ». Au coeur de la crise, le dirigeant rend hommage aux services de l’Etat et aux partenaires bancaires de la coopérative pour leur accompagnement.
Rémi Vervier, qui dirige la maison Palmer & Co, note que «  le travail ne manque pas : on avance moins vite, mais on avance quand même ». La continuité a été de mise après la fermeture du 17 mars «  pour ceux qui le pouvaient » dans différents services de la coopérative rémoise. Une « microactivité de cuverie  » a ainsi pu subsister une fois par semaine, autour du chef de cave Xavier Berdin «  accompagné d’un ou deux collaborateurs  ».

Relations à distance

À Reims, le lien « fondamental  » avec les adhérents de la CRVC est maintenu avec discrétion : « nous ne souhaitons pas être intrusifs  », explique Pascal Prudhomme. Une permanence a été créée par le service des relations vignoble, avec un contact téléphonique et des envois de mails d’information.

Devant les sollicitations de ses adhérents, notamment sur la question du conseil et des aides, le service vignoble de la coopérative d’Aÿ est en contact permanent avec environ 850 personnes. Les travaux viticoles, prestations et la certification collective sont «  toujours d’actualité » , contrairement à l’assemblée générale annuelle, dont la date et les modalités de tenue ont dû être modifiés.
Quelque 350 adhérents « forment un bloc assez soudé  » autour du champagne Palmer & Co : «  notre ADN, avec des vignerons très engagés sur la qualité et soucieux de bien faire, est quelque chose qui a une valeur inestimable, d’autant plus dans un moment de crise  », juge Rémi Vervier.

Voir plus loin

Pour l’avenir proche, les directeurs pensent d’abord à préserver la santé de leurs personnels. En ce qui concerne les travaux prioritaires, Pascal Prudhomme indique que « le tirage doit reprendre début mai afin de terminer la mise en bouteille de la vendange 2019 » : l’arrêt de la production ne peut excéder deux mois. Le champagne Castelnau compte également beaucoup sur le Tour de France, «  moment de référence et de rebond  ». (NDLR : l’épreuve cycliste, dont Castelnau est partenaire, a été repoussée du samedi 29 août au dimanche 20 septembre).

Son homologue de la Cogevi souhaiterait « revivre un peu les nouvelles années folles d’il y a cent ans  » : une période chère au champagne Collet, sur laquelle la marque a fondé son identité. Olivier Charriaud attend aussi, comme beaucoup dans la famille champenoise, «  des mesures d’assouplissement concrètes concernant la vendange à venir, et le soutien pour la survie des exploitations par l’aménagement des échéances professionnelles ». « À nous de faire en sorte que lorsque le monde entier voudra repartir, ce soit avec le champagne qu’il célèbre sa renaissance », conclut-il avec malice.
Palmer & Co «  imagine un début de retour à la vie vers le 27 avril, avec l’activité de tirage pour vider les cuves ». Pour l’heure, l’expédition des commandes déjà prêtes s’est poursuivie en début de mois au départ de Reims, même si cela représentait des volumes « anecdotiques  ».

Du côté des entreprises connexes

Les fournisseurs ont eux aussi dû s’employer pour maintenir leur activité commerciale et « répondre aux besoins des viticulteurs », à l’instar d’Acolyance Vigne. La société, filiale de la coopérative Cérèsia, dispose de 14 points de vente sur l’ensemble de l’AOC Champagne et compte 50 salariés. Télétravail, distances de sécurité et accueil personnalisé de la clientèle sont quelques-unes des solutions qui ont été retenues pour assurer la sécurité de tous. La vente en « drive » et « click and collect » a émergé en parallèle : les commandes passées via l’application mobile Viticulteurs.market sont à retirer en magasin « avec zéro contact et toujours dans les meilleures conditions d'hygiène », ou sont livrées sans frais supplémentaire dans les communes de l’AOC Champagne.

La pandémie actuelle ayant provoqué l’annulation de nombreux rendez-vous professionnels en Champagne ce printemps, le maintien du Viti Vini 2020, programmé du 13 au 16 octobre au Millesium d’Épernay, n’est pas acquis. Le président du Club des entrepreneurs Christophe Labruyère, qui organise le salon des entreprises connexes au champagne tous les deux ans, a tout de même reçu des signaux encourageants : «  sur les 200 membres de notre groupe, nous avons d’ores et déjà reçu plus de 80 inscriptions. Le rythme est presque plus élevé que d’habitude ! ».
Cette édition 2020 dépendra probablement d’un éventuel soutien de la Région ou de l’agglomération sparnacienne : « cela nous permettrait de diminuer le coût des stands pour conserver un moment de solidarité pour la filière ». À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles : traditionnellement, le Viti Vini compte sur un budget de 650 000 à 700 000 euros sans subvention, en dehors du soutien de quelques partenaires privés. « Du point de vue économique, ce serait une catastrophe de tout annuler…  », soupire Christophe Labruyère. Verdict à venir en juillet.


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